Mariage homosexuel : La fin d’une certaine idée de la République

septembre 21, 2012 § Poster un commentaire

Communautarisme, discrimination positive, rupture avec la tradition républicaine du droit naturel et abandon du principe de l’intérêt de l’enfant au profit du désir d’enfant, telles sont les remises en cause fondamentales de notre idéal républicain par le projet de loi sur le mariage et l’adoption d’enfants pour les couples de même sexe.

Article publié dans le Figaro du 18 septembre 2012

L’amour rend aveugle et à trop vouloir bien faire, on finit par tout détruire. C’est le paradoxe du projet de loi sur le mariage et l’adoption d’enfants pour les couples de même sexe. En effet, en souhaitant légitimement défendre les discriminations subies à raison de leur orientation sexuelle et assurer une meilleure reconnaissance des droits des couples de même sexe, les solutions proposées par le gouvernement sont une remise en cause fondamentale des principes essentiels de la République française que sont le refus du communautarisme et de la discrimination positive et le respect de la tradition juridique fondée sur le droit naturel et du principe de l’intérêt de l’enfant.

La première remise en cause fondamentale est celle de la reconnaissance en tant que telle de la communauté homosexuelle en lui attribuant des droits spécifiques en matière de filiation. Or, depuis 1789, rompant ainsi avec la monarchie, la République n’a reconnu des droits qu’à des individus se refusant toujours à tout communautarisme, considéré comme contraire à la liberté intrinsèque reconnue à chaque personne. Le risque majeur de cette reconnaissance de la communauté homosexuelle est d’ouvrir la voie à tous les communautarismes politique, social, culturel, religieux ou ethnique.

La deuxième remise en cause est celle de la rupture d’égalité entre les citoyens par la discrimination positive. En effet, contrairement à l’idée généralement émise, ce projet ne répond pas à une exigence d’égalité, mais, au contraire, est la reconnaissance d’une discrimination positive conférant plus de droits à une communauté donnée ; créant de fait une fausse égalité, qui n’est que le masque d’une inégalité qui ne dit pas son nom. En effet, contrairement à ce qui est affirmé dans un syllogisme trompeur, le mariage et l’adoption pour les couples de même sexe ne sont pas l’égalité des droits, mais des droits supplémentaires pour cette communauté. Pourquoi la République accorderait-elle plus de droits aux couples de même sexe qu’aux autres citoyens ? Plus de droits qu’à un parent isolé ? Plus de droits qu’un couple ayant des difficultés à avoir un enfant ? Plus de droits à un couple qui souhaitent adopter ?

La troisième remise en cause fondamentale est celle de notre tradition juridique fondée sur le droit naturel qui est le fondement même de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789. En vertu de cette tradition juridique, la République a toujours reconnu des droits fondés sur la nature humaine à chaque individu ; ce qui a notamment permis de les considérer comme universels et intemporels. En accordant plus de droits que la nature n’en a conférés, l’actuel projet de loi s’extrait de cette tradition juridique en accordant notamment des droits relatifs à la filiation dans le cadre du mariage de personnes du même sexe. Les conséquences seraient particulièrement dangereuses permettant l’attribution de droits en déconnexion totale avec la réalité et la condition humaines.

La quatrième rupture est la remise en cause d’un principe essentiel qui est au cœur de notre conception de la condition humaine, à savoir l’intérêt de l’enfant. En effet, à défaut de pouvoir se défendre en raison de son âge, le juge est, en France, garant de l’intérêt de l’enfant. C’est notamment le cas en matière de placement d’enfant en cas de maltraitance ou de divorce au moment de décider de la garde de l’enfant. Or, en légitimant le désir d’enfant (ce qui a toujours été refusé aux parents ayant des difficultés à enfanter), l’actuel projet de loi remet en cause notre conception républicaine du respect dû à chaque individu dans son intégrité, son irréductibilité et sa personne. En effet, la République s’est toujours refusée à ce qu’un individu fasse primer son propre intérêt sur celui d’un autre, même d’un parent sur son enfant. La liberté des uns s’arrête où commence celle des autres.

C’est pourquoi, la voie choisie par le gouvernement signe la fin d’une certaine idée de la République héritée de la Révolution française et encourt la censure du Conseil constitutionnel, sauf à renoncer définitivement aux principes contenus dans le préambule de notre constitution.

Pourtant, il existe des solutions juridiques adaptées qui permettraient dans le respect de nos principes républicains d’assurer aux homosexuels une vraie égalité des droits, notamment en alignant la forme (passage devant le maire) et les droits (hors les questions de filiation) du PACS sur celle du mariage (ce qui est déjà largement le cas) et en assurant le contrôle du juge, gardien des libertés individuelles, sur toutes les questions de filiation pour les couples ne pouvant naturellement avoir d’enfant au regard du seul critère de l’intérêt de l’enfant.

Ces solutions ont l’avantage de satisfaire toutes les parties raisonnables de ce débat et, rendant ainsi la vue à certains, de concilier l’amour de la République avec celui de la défense très voltairienne de tout individu en raison de son orientation sexuelle ; évitant ainsi une remise en cause inutile de notre idéal républicain et nous préservant des dérives contre lesquelles la République s’est battue depuis plus de deux cents ans au service d’une certaine idée de la liberté et de la condition humaine.

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Clemenceau versus Jules Ferry

mai 14, 2012 § Poster un commentaire

Petit extrait de mon livre consacré à Georges Clemenceau et Claude Monet aux éditions Gallimard pour éviter les malentendus trop entendus ces derniers jours que Clemenceau s’opposait pour des raisons politiques à Jules Ferry, mais était sur le fond d’accord avec le colonialisme. Un peu d’érudition ne fera pas de mal à certains :

Extraits « Ferry défend la politique coloniale la parant de buts civilisateur : « Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures. » Le but politique est aussi mis en avant : « La France ne peut être seulement un pays libre ; elle doit aussi être un grand pays, exerçant sur les destinées de l’Europe toute l’influence qui lui appartient, elle doit répandre cette influence sur le monde, et porter où elle le peut sa langue, ses mœurs, son drapeau, ses armes, son génie. » Clemenceau sonne la charge. Ferry, épuisé, finit par démissionner. Gambetta le remplace. Il reste deux mois et demi. Clemenceau est à la manœuvre. Freycinet tente également sa chance. Il reste 5 mois. Clemenceau continue de dénoncer la colonisation : « N’est-il pas étrange que l’on recommence à parler des races au moment où elles se mêlent de plus en plus et où l’unité de leur caractère paraît singulièrement compromise ? La vérité, c’est qu’il y a des peuples qui rêvent de domination universelle, soit par la propagande des idées, soit par la conquête matérielle. » Pendant toute la législature, Clemenceau ne cesse de s’opposer à la colonisation. En mars 1885, alors que de nouveaux crédits sont demandés pour le Tonkin par Ferry, Clemenceau explose : « Tout débat est fini entre nous ; nous ne voulons plus vous entendre ; nous ne pouvons plus discuter avec vous des grands intérêts de la patrie. […] Ce ne sont plus des ministres que j’ai devant moi, ce sont des accusés de haute trahison sur lesquels, s’il subsiste encore en France un principe de responsabilité et de justice, la main de la loi ne tardera pas à s’abattre. » Les crédits ne sont pas votés. Ferry est désavoué. Sonné. Terrassé. Il ne reviendra plus au pouvoir. Clemenceau se chargeant de lui barrer la route systématiquement ; faisant même élire Sadi Carnot à la présidence de la République : « Je vote pour le plus bête. » Et le 30 juillet 1885, Clemenceau de conclure : « Regardez l’histoire de la conquête de ces peuples que vous dites barbares, et vous y verrez la violence, tous les crimes déchaînés, l’oppression, le sang coulant à flots, et le faible opprimé, tyrannisé par le vainqueur. Voilà l’histoire de notre civilisation […]. Non, il n’y a pas de droit de nations dites inférieures. […] N’essayons pas de revêtir la violence [du colonisateur] du nom hypocrite de civilisation ; ne parlons pas de droit, de devoir ! »

Le trader et l’intellectuel, la fin d’une exception française, d’Isabelle ALBERT : à lire

avril 25, 2012 § Poster un commentaire

In memoriam de la petite élite…

février 20, 2012 § Poster un commentaire

Dans le discours de Bayeux du 16 juin 1946, le général de Gaulle rappelait que le salut en 1940 était justement venu d’une élite :

« Le salut devait venir d’ailleurs. Il vint, d’abord, d’une élite, spontanément jaillie des profondeurs de la nation et qui, bien au-dessus de toute préoccupation de parti ou de classe, se dévoua au combat pour la libération, la grandeur et la rénovation de la France. Sentiment de sa supériorité morale, conscience d’exercer une sorte de sacerdoce du sacrifice et de l’exemple, passion du risque et de l’entreprise, mépris des agitations, prétentions, surenchères, confiance souveraine en la force et en la ruse de sa puissante conjuration aussi bien qu’en la victoire et en l’avenir de la patrie, telle fut la psychologie de cette élite partie de rien et qui, malgré de lourdes pertes, devait entraîner derrière elle tout l’Empire et toute la France. »

A l’affût de ce qui peut les distraire d’eux-mêmes

octobre 8, 2011 § Poster un commentaire

« Jadis Pascal avait cru à la justice humaine, mais il s’aperçut bientôt qu’elle différait selon les gens et les pays et que la nature humaine était sujette à de perpétuels changements. Et lorsqu’il s’était demandé à quoi il fallait attribuer cette versatilité, cette instabilité, cette inquiétude perpétuelles, il avait compris que si les hommes se laissaient ainsi harceler, c’était parce qu’ils étaient incapables de rester seuls avec eux-mêmes, incapables de faire face à leur propose misère. Ils craignent le repos, le recueillement ; ils sont à l’affût de ce qui peut les distraire d’eux-mêmes. Ils s’adonnent à une profession, deviennent chanceliers, présidents, afin de ne pas avoir une seule heure de la journée où ils aient le loisir de méditer sur soi. Toute la misère de l’homme vient de ce qu’une détresse, une détresse intolérable l’envahit dès qu’il se replie sur lui-même et ne se divertit plus. Incapable de vaincre ni la mort, ni la misère, ni l’ignorance, il n’a pas trouvé d’autres moyen que de ne plus y penser, que de se recréer ou de s’adonner aux tâches les plus diverses et de fuir le repose. Ainsi se passe toute la vie des hommes, et c’est là tout ce qu’ils ont pu trouver pour se rendre heureux. »

Bernard GROETHUYSEN

« Et si le nazisme n’était pas une monstruosité inhumaine ? S’il était humain ? S’il était un aveu, une vérité cachée, refoulée, camouflée, niée, tapie au fond de nous-mêmes, mais qui finit toujours par resurgir ? Les Allemands, bien sûr, oui, les Allemands… C’est leur tour, dans l’histoire, et voilà tout. On verra bien, après la guerre, une fois l’Allemagne vaincue et le nazisme enfui ou enfoui, si d’autres peuples, en Europe, en Asie, en Afrique, en Amérique, ne viendront pas prendre la relève. » Les cerfs-volants, Romain Gary

août 2, 2011 § Poster un commentaire

Les cerfs volants de Romain Gary : A lire absolument…

Quatrième de couverture : « Pour Ludo le narrateur, l’unique amour de sa vie commence à l’âge de dix ans, en 1930, lorsqu’il aperçoit dans la forêt de sa Normandie natale la petite Lila Bronicka, aristocrate polonaise passant ses vacances avec ses parents. De-puis la mort des siens, le jeune garçon a pour tuteur son oncle Ambroise Fleury dit  » le facteur timbré  » parce qu’il fabrique de merveilleux cerfs-volants connus dans le mon-de entier. Doué de l’exceptionnelle mémoire  » historique de tous les siens, fidèle aux valeurs de  » l’enseignement public obligatoire « , le petit Normand n’oubliera jamais Lila. Il essaie de s’en rendre digne, étudie, souffre de jalousie à cause du bel Allemand Hans von Schwede, devient le secrétaire du comte Bronicki avant le départ de la famille en Pologne, où il les rejoint au mois de juin 1939, juste avant l’explosion de la Seconde Guerre mondiale qui l’oblige à rentrer en France. Alors la séparation commence pour les très jeunes amants… Pour traverser les épreuves, défendre son pays et les valeurs humaines, pour retrouver son amour, Ludo sera toujours soutenu par l’image des grands cerfs-volants, leur symbole d’audace, de poésie et de liberté inscrit dans le ciel. »

« C’est le sort des hommes politiques – je parle des hommes de combat – d’être exposés à toutes les surprises, à tous les attentats. Autrefois, on les assassinait ; c’était l’âge d’or. Aujourd’hui, contre eux, l’entreprise réputée infâme paraît légitime ; contre eux, le mensonge est vrai ; la calomnie, louange ; la trahison, loyauté…  » Clemenceau

mai 16, 2011 § Poster un commentaire

« Attaqué de tous les côtés à la fois, insulté, vilipendé, lâché, renié ; sous les accusations les plus infamantes, je n’ai pas faibli ; et me voici debout, devant vous pour qui j’ai subi ces outrages, prêt à vous rendre des comptes. […] Après une longue épreuve, je me présente devant vous. C’est le sort des hommes politiques – je parle des hommes de combat – d’être exposés à toutes les surprises, à tous les attentats. Autrefois, on les assassinait ; c’était l’âge d’or. Aujourd’hui, contre eux, l’entreprise réputée infâme paraît légitime ; contre eux, le mensonge est vrai ; la calomnie, louange ; la trahison, loyauté… Dans une démocratie où tous les appétits, tous les intérêts, toutes les passions sont publiquement aux prises, quoi de plus tentant que de profiter sans scrupules de tous les incidents pour chercher à troubler l’opinion par des attaques personnelles des plus violentes. » Georges Clemenceau, 8 août 1893, à Salernes, quelques jours avant sa chute.

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