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« Claude Monet et Georges Clemenceau se sont rencontrés dans les années 1860 alors qu’ils avaient une vingtaine d’années : “C’est au quartier latin que je fis sa connaissance. Mes aventures, de l’hôpital à la prison de Mazas, me tenaient fort occupé. Il peignait je ne sais où. Nous fûmes vite en sympathie. Mais nos rencontres n’étaient pas fréquentes. Des amis communs nous réunissaient quelquefois. […] Déjà l’on se disait avec une pointe d’orgueil : C’est du Monet et ces paroles avaient un sens, car elles exprimaient l’étonnement, l’admiration même d’une brosse hardie, encore inexpérimentée, mais probe dans l’exécution, et prompte dans la mise au point de sa volonté.” Mais rapidement, Claude Monet et Georges Clemenceau se perdent de vue, pris par leurs vies respectives. Ce n’est qu’à partir des années 1890, grâce à leur ami commun Gustave Geffroy, critique d’art dans le journal que tient Clemenceau, que les deux hommes renouent les fils de leur amitié. Elle ne cessera alors de s’approfondir et de s’enrichir pour former une amitié parfaite : “communauté de goûts, d’idées, admiration réciproque, vie vraiment partagée.” »

 Claude Monet et Georges Clemenceau, c’est l’histoire de deux caractères volcaniques et intransigeants au service de deux aventures uniques : celle de l’Impressionnisme et celle de la République. Deux aventures qu’ils ont menées, l’un et l’autre, comme chef de file. Contre les conservatismes et contre les conformismes. Monet imposant un mouvement esthétique que beaucoup, à juste titre, considèrent comme une nouvelle Renaissance. Française celle-là. Clemenceau bataillant pour asseoir la République sur des principes et des valeurs fondés sur la liberté intégrale de l’individu. L’amitié de combat de Clemenceau et de Monet s’est nourrie de deux lumières au service d’une certaine idée de la France : liberté de créer, liberté de vivre.

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« D’abord le passé… » Premiers mots adressés par le général de Gaulle à André Malraux. Première rencontre. Il est 11 heures du matin, le mercredi 18 juillet 1945, au ministère de la Guerre, rue Saint-Dominique, à Paris. Deux légendes se font face : le chef de la France libre et la figure mythique de l’écrivain engagé dans la lutte antifasciste de l’entre-deux-guerres. Sans s’embarrasser ni de circonlocutions ni de formules de politesse, le général de Gaulle s’attaque directement à l’essentiel : André Malraux et ses engagements passés. D’abord surpris (« Surprenante introduction »), celui-ci commence alors par expliquer la raison profonde de son engagement : «Je me suis engagé dans un combat pour, disons, la justice sociale. Peut-être, plus exactement : pour donner aux hommes leur chance…» Puis, il enchaîne en expliquant ses combats dans les années 1930 contre le fascisme : «J’ai été président du Comité mondial antifasciste avec Romain Rolland, et je suis allé avec Gide porter à Hitler – qui ne nous a pas reçus – la protestation contre le procès de Dimitrov et des autres soi-disant incendiaires du Reichstag.» Il poursuit en parlant de la guerre d’Espagne pendant laquelle il a combattu aux côtés du gouvernement républicain espagnol contre les militaires du général Franco, en prenant bien soin d’ailleurs de préciser qu’il ne s’est jamais compromis avec les communistes de Staline : «Puis il y a eu la guerre d’Espagne, et je suis allé me battre en Espagne. Pas dans les Brigades internationales, qui n’existaient pas encore, et auxquelles nous avons donné le temps d’exister : le parti communiste réfléchissait…» Enfin, André Malraux termine par une profession de foi : «Puis il y a eu la guerre, la vraie. Enfin est arrivée la défaite, et comme beaucoup d’autres, j’ai épousé la France…» Le coup de foudre est réciproque entre les deux hommes. Débute alors une amitié indéfectible sur les hauteurs pendant plus de vingt-cinq années. Pourtant, cette première rencontre n’a pas été une évidence. Elle a même été tardive.

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