Gallimard a 100 ans !

mars 23, 2011 § Poster un commentaire

« Sur la fameuse couverture blanche, les trois lettres monogrammées nrf, que dessina Schlumberger, coiffent toujours le logo Gallimard. Elles rappellent aux lecteurs qu’il y a un siècle, au 79 de la rue Saint-Lazare, avec quelques milliers de francs, des écrivains français bâtirent leur propre demeure. »
Jérôme Garcin, Le Nouvel Observateur, 2011

 

A voir : Gallimard, le roi lire : http://videos.arte.tv/fr/videos/gallimard_le_roi_lire-3773786.html

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Admiration pour un grand peuple dans l’adversité

mars 19, 2011 § Poster un commentaire

« Quoi qu’il en soit de l’au-delà, en ce monde-ci il n’y a que l’accomplissement. »

Yukio MISHIMA

Né à Tokyo en 1925, Kimitake Hiroaka est plongé dès son enfance dans la littérature et le théâtre Kabuki dont sa grand-mère paternelle, issue d’une famille de samouraï, lui transmet la passion. Vers l’âge de douze ans, l’enfant découvre les classiques japonais et des auteurs occidentaux tels que Wilde, Rilke, puis Radiguet. Il commence alors à rédiger des récits qu’il porte jusqu’à sa mort à sa mère, avec laquelle il entretient des liens passionnés. Effectuant sa scolarité au Collège des Pairs, son talent littéraire est très vite remarqué. Invité à publier en feuilleton sa première œuvre importante, La Forêt tout en fleurs, dans la revueArt et Culture, Kimitake choisit pour l’occasion le pseudonyme Yukio Mishima, et fréquente le milieu de l’École romantique japonaise. Puis Kimitake entreprend alors des études à la facultés des sciences juridiques de l’Université Impériale, provisoirement interrompues par la guerre.

Après la reddition de 1945, Mishima délaisse l’École romantique japonaise au profit du groupe de la revueLittérature Moderne. Pourtant, le jeune homme fasciné par la mort est mal à l’aise dans le Japon d’après-guerre avec lequel il se sent « anachronique » de par ses goûts littéraires et sa façon d’écrire. En 1946, il rencontre l’écrivain Yasumi Kawabata qui encourage la publication de ses manuscrits. Après un bref passage au ministère des finances, Mishima décide de se consacrer exclusivement à sa carrière d’écrivain :Confession d’un masque, paru à l’automne 1948, le révèle au public.
Auteur prolifique, Mishima enchaîne nouvelles et romans parmi lesquels on peut citer Amours interdites(1951), paru l’année de son premier voyage en Occident, Le Tumulte des flots (1954), Le Pavillon d’or(1956) ou Après le banquet (1960). Parallèlement, l’écrivain se consacre à la rédaction de ce qu’il appelle ses «divertissements », récits populaires qui lui assurent un confort matériel. La Musique (1964), roman dans lequel apparaît son aversion pour la psychanalyse, est l’un d’entre eux. Loin de se limiter au genre romanesque, Mishima poursuit également dans la voie du théâtre. Il produit, essentiellement pour la compagnie théâtrale le Bungaku-za, une pièce par an, parmi lesquelles figurent ses Cinq Nôs modernes.

Mishima atteint le faîte de sa popularité à la fin des années cinquante. Le court récit Patriotisme, ainsi que la pièce Un Jour trop tard, reflètent l’idéalisme, l’attachement aux valeurs traditionnelles du Japon et le désir de mort de leur auteur. Après s’être entraîné secrètement durant un mois en 1967 dans les forces militaires d’auto-défense, Mishima crée l’année suivante son armée privée, « La Société du bouclier ».

Malgré tout, l’auteur du Pavillon d’or poursuit son œuvre littéraire. Outre plusieurs essais tel que Mes Errances littéraires (1963) et Le Soleil et l’acier (1968), il commence en 1965 l’œuvre la plus importante à ses yeux, un cycle de quatre romans intitulé La Mer de la fertilité (Neige de printempsChevaux échappésLe Temple de l’aubeL’Ange en décomposition), qu’il achèvera juste avant sa mort en 1970. Les dernières années de sa vie sont également marquées par la rédaction de plusieurs pièces de théâtre, dont Madame de Sade (1965), Mon ami Hitler (1968), La Terrasse du roi lépreux et Le Lézard noir (1969).

Mishima se donne la mort de façon spectaculaire au quartier général des forces japonaises en novembre 1970 au cours d’un seppuku. Reconnu à la fois en Orient et en Occident, il est incontestablement le plus grand auteur du Japon de l’après-guerre, et l’un des rares écrivains à avoir décrit la société japonaise dans son ensemble.

 

Source : Gallimard (http://www.gallimard.fr/catalog/html/event/Mishim.htm#bio)

Pour fêter l’année du Mexique en France malgré la bêtise ambiante : Lire Fuentes

février 12, 2011 § Poster un commentaire

« La latinité, c’est un grand fleuve de rencontres »

Carlos Fuentes

Fils du diplomate mexicain Rafael Fuentes Boettiger, Carlos Fuentes voit le jour le 11 novembre 1928 à Panama (capitale du Panama). Il passe sa petite enfance dans cette ville, puis suit les affectations de son père à Quito (Pérou), Montevideo (Uruguay), Rio de Janeiro (Brésil), Washington (Etats-Unis), Santiago du Chili (Chili) et Buenos Aires (Argentine). En 1944, il rejoint Mexico où il passe son baccalauréat en 1946 avant de suivre des cours au Collège français. En 1949 il entame des études de droit à l’Université nationale autonome de Mexico puis complète son cursus par un troisième cycle à l’Institut des Hautes Études de Genève (Suisse) tout en travaillant auprès de l’Organisation Internationale du Travail pour le compte du Ministère des Affaires étrangères mexicain (1950-1952).
Carlos Fuentes commence à écrire vers l’âge de 20 ans. Ses premiers textes sont publiés dès 1948 dans plusieurs revues politico-littéraires mexicaines comme entre autres Manana et Ideas de mexico. En 1954 il publie un recueil de nouvelles intitulé Jours de carnaval. L’année suivante il fonde avec Octavio Paz et Emmanuel Carballo la Revista Mexicana de Literatura (Revue Mexicaine de Littérature). Son premier roman, La plus limpide région, une fresque de la ville moderne de Mexico, est publié en 1958, suivi en 1959 de Les bonnes consciences. On le classe dès lors, sans doute un peu vite, dans ce qu’on appellera le « Réalisme magique » latino-américain. À l’époque Directeur du service des relations culturelles du Ministère des Affaires étrangères, il décide d’abondonner un temps la diplomatie pour devenir rédacteur au journal El Espectador, épouser l’actrice Rita Macedo, et voyager à Cuba où il défend activement la Révolution menée par son ami Fidel Castro.
De 1960 à 1980, Carlos Fuentes publie une oeuvre profonde et complexe qui l’installera comme comme l’un des maîtres de la littérature latino-américaine aux côtés de l’argentin Julio Cortazar, du mexicain Octavio Paz, du colombien Gabriel Garcia Marquez et du péruvien Mario Vargas Llosa. Parmi les principaux livres de cette époque, citons notamment La mort d’Artemio Cruz (1962, où il décrit un Mexique trahi par un révolutionnaire arriviste), Le Chant des aveugles (Nouvelles, 1964),Peau neuve (1967), Zone sacrée (1967), Anniversaire (1969) et Notre terre (1975). Au théâtre, il donneLe Borge est roi (1970, monté par Jorge Lavelli) et Tous les chats sont gris (1971). Il consacre des biographies à plusieurs auteurs qu’il admire ou qui influencent son oeuvre: William Faulker, Herman Melville, Jean Genet, Luis Bunuel ou encore Jane Austen. Membre du Parti Communiste, très critique sur certaines orientations du Mexique moderne, il publie des essais politiques et historiques comme entre autres La Révolution de mai (1968) ou Temps mexicain (1972). Carlos Fuentes participe en 1965 à la création de la maison d’édition mexicaine « Siglo XXI » où il dirige avec Octavio Paz la collection littéraire Obregon. Il divorce de Rita Macedo, qui lui a donné une fille, Cécilia, en 1962. Il épouse en 1973 la journaliste Sylvia Lemus avec qui il aura deux enfants: Carlos Fuentes Lemus (futur artiste peintre), né en 1973, et Natascha née en 1974, tous deux décédés jeunes. Cette année-là, il est nommé ambassadeur du Mexique en France (poste qu’il occupera jusqu’en 1977). Un vaste roman historique, Terra Nostra (1975), où il s’est donné pour ambition de restituer à ses contemporains la mémoire de leur passé, y compris les mythes pré-hispaniques, lui vaut en 1977 le prix Romulo Gallegos, la plus haute distinction littéraire d’Amérique latine. Exerçant ses fonctions diplomatiques, il partage sa vie entre Mexico, Londres et Paris.
À partir des années 1980, considéré dans le monde entier comme l’un des plus importants romanciers contemporains, Carlos Fuentes poursuit une oeuvre qu’il rassemble désormais sous le titre générique de L’Âge du Temps. Tout en enseignant dans plusieurs universités américaines (Columbia, Cambridge, Princeton, Harvard,…), il publie entre autres Une certaine parenté (1980), L’Eau brûlée (1981), Le vieux Gringo (1985), Christophe et son oeuf (1987), La Campagne (1990), L’Oranger (1992), Diane ou la Chasseresse solitaire (1994, un récit de sa liaison passionnée avec l’actrice Jean Seberg), Les années avec Laura Diaz (1999) et L’Instinct d’Inez (2001).
Carlos Fuentes double également son oeuvre de fiction d’une importante réflexion sur la littérature et l’écriture. Dans Le nouveau roman hispano-américain (1969), La Maison à deux portes (1971) etGéographie du Roman (1993), il explore la littérature de langue espagnole; dans Cervantes, ou la critique de la lecture (1976) et Ce que je crois (2002), il éclaire plus précisément le sens de son expérience d’écrivain.
Carlos Fuentes obtient le Prix National de Littérature en 1985 et le prestigieux Prix Cervantès en 1987 pour l’ensemble de son oeuvre. En France, François Mitterrand lui décerne la Légion d’Honneur en 1992. En 2004, son pamphlet Contre Bush critique violemment l’impérialisme des Etats-Unis ainsi que la politique étrangère menée par l’administration néo-conservatrice de George W. Bush. Dans ses derniers titres: Le bonheur des familles (2006) et La volonté et la fortune (2008), Carlos Fuentes continue de confronter le temps historique du Mexique moderne aux profondeurs d’un temps mythique et légendaire universel.

Copyright © Noël BlandinLa République des Lettres, le lundi 09 mars 2009 (http://www.republique-des-lettres.fr/10684-carlos-fuentes.php)

 

« Il y a des siècles où l’opinion publique est la plus mauvaise des opinions » Chamfort

février 6, 2011 § Poster un commentaire

Enfant naturel, élève doué, lauréat de l’Académie, académicien et pourfendeur de cette même Académie, dramaturge, révolutionnaire, administrateur de la Bibliothèque nationale, Sébastien-Roch Nicolas, dit Chamfort (1740-1794), échappa à la Terreur en tentant de se suicider. La postérité n’a retenu de son œuvre que des notes, que son ami Guinguené publia après sa mort sous le titre Maximes et anecdotes.

Ce recueil, sans cesse réédité depuis 1795, correspond plus ou moins à un projet de Chamfort. Guinguéné trouva dans un carton des papiers qu’il y jetait pêle-mêle. Le carton portait un titre, Produits de la civilisation perfectionnée, et un plan : première partie, « Maximes et pensées » ; deuxième partie, « Caractères » ; troisième partie, « Anecdotes ». Le titre pourrait être de Voltaire : celui-ci a mis à la mode le mot « civilisation » et, malgré les errances de l’humanité, il croit au progrès de l’esprit et des mœurs, et se fait le chantre de la société et du luxe. Pourtant, cette référence ne résiste pas à la lecture. Le titre est ironique. Contre Voltaire, Chamfort choisit Rousseau. Comme l’affirme le Contrat social, il croit l’homme naturellement libre, mais aliéné par la société. « La société n’est pas comme on le croit d’ordinaire, le développement de la nature, mais bien sa décomposition et sa refonte entière. Les fléaux physiques et les calamités de la nature humaine ont rendu la société nécessaire. La société a ajouté aux malheurs de la nature. » La société corrompt l’homme, mais celui-ci ne peut vivre sans elle. La corruption sociale ou la solitude et la mort, voilà le choix. La société est entrée en déclin. Il faut se résigner à cette conscience amère de ce que sont l’homme et son destin.

Tout au long de son recueil, Chamfort accumule les traits et les pointes satiriques. Il se présente comme un écrivain en rupture, qui refuse d’être l’amuseur déconsidéré d’un public et d’une société qu’il méprise. L’idée de corruption obsède Chamfort. Elle tient aux préjugés et aux superstitions qui imprègnent toute société. Dès lors, pour lui, « il est impossible de vivre sans jouer de temps en temps la comédie ». C’est dire que, si Chamfort emprunte aux hommes des Lumières leur mise à distance critique, son constat n’est pas le leur. Au fond, là encore, il est plus proche de La Bruyère que de Voltaire. Des Caractères, il a retenu le sens du portrait ridicule réduit à l’essentiel, ce besoin aigu de montrer sous le masque social le néant de l’individu, et l’hypocrisie des mécanismes sociaux.

Autant que d’un idéal trahi, la critique chez Chamfort prend son sens à partir d’un pessimisme profond qui touche aussi bien l’homme que l’histoire, le devenir, le temps qui passe, l’absence de mémoire. En ce sens, elle se place tout entière sous le signe de la déperdition. À défaut d’histoire, on ne recueille que des anecdotes, des témoignages de l’échange mondain d’une société frivole. Il n’y a plus d’hommes, il n’y a que des caractères, sortes de personnages que modèle et défait le jeu social. Il n’y a pas non plus d’œuvre, mais des fragments, livrés au hasard de l’observation ou du jeu de la pensée. Les textes regroupés dans les sections « Maximes générales » représentent pourtant un effort pour atteindre un jugement apparemment universel. Mais rien ne résiste au doute, à la mise en question, à l’absence de mémoire de l’homme contemporain. Rien n’échappe à cette autre corruption, que sont l’oubli et la mort : ni l’art, ni les hiérarchies sociales, ni les aristocraties reconnues, trompeuses et mesquines.

Au bout de cette pensée, il reste un humanisme lucide, ou la tentation de la mort. On comprend que, dans l’Europe de 1945, transformée en champ de ruines et hantée par les massacres, cette leçon de morale stoïque, sans illusion sur l’homme et le monde, ait fasciné Albert Camus, au point de le pousser à préfacer les Maximes et pensées.

« Vous vivez trop avec des lettrés et des savants. Ce sont des coquettes avec lesquelles il faut entretenir un commerce de galanterie, et dont il ne faut jamais songer à faire ni sa femme ni son ministre. » Napoléon

janvier 31, 2011 § Poster un commentaire

« Il ne peut y avoir de terme à la grandeur française. » Gaston Palewski

janvier 23, 2011 § Poster un commentaire

Fils d’un ingénieur des Arts et Manufactures, frère cadet de Jean-Paul, Gaston Palewski effectue sa scolarité primaire et secondaire au collège Rollin, puis aux lycées Michelet (Vanves) et Henri IV (Paris). Il obtient sa licence ès lettres à la Sorbonne, suit les cours de l’école libre des sciences politiques et de l’école du Louvre, puis rejoint l’Université d’Oxford en qualité de « research student ».
Alors qu’il effectue son service militaire au Maroc en 1924, il est appelé au cabinet du résident général, le maréchal Lyautey, où il occupe les fonctions d’attaché politique. S’il ne reste qu’une année à ce poste, il doit, comme il l’écrit lui-même, sa formation à « cet illustre administrateur, figure légendaire de l’histoire de France ». Dans ses Mémoires d’action, 1924-1974 (Plon, 1988), il rapporte cet épisode déterminant de sa vie. Il conçoit, dès cette époque, une rancœur tenace à l’encontre du maréchal Pétain, lorsque ce dernier écrasa Abd el-Krim, en août 1925, avec les renforts que Lyautey avait vainement réclamés avant de se voir retirer le commandement des opérations militaires de la guerre du Rif.
Revenu en France avec le résident général démissionnaire en septembre 1925, il est, dans un premier temps, journaliste au Bulletin économique et financier avant d’intégrer, en 1928, l’entourage de Paul Reynaud, tour à tour ministre des colonies, de la justice puis des finances, en qualité d’attaché de presse, puis de chef de cabinet. Il reste l’un de ses principaux collaborateurs jusqu’en 1939.
En 1934, avec le colonel de Gaulle, il prépare les propositions parlementaires en vue de la création de corps autonomes de divisions blindées dans l’armée. Il est alors l’un des tout premiers à déceler, au cours d’une « demi-journée décisive, l’évidente supériorité de ce grand officier au visage sévère », doué, selon lui, d’une grande chaleur humaine. Repoussées par Pétain, alors ministre de la Guerre dans le cabinet Doumergue, ces propositions sont récupérées et mises à exécution par Hitler en Allemagne. A plusieurs reprises, aux côtés de Paul Reynaud, Palewski a également été attaché à la délégation française à la Conférence du désarmement organisée par la Société des Nations à Genève.
En 1938, il est nommé directeur de cabinet de Reynaud, alors ministre de la justice du gouvernement Daladier et conserve ces fonctions lorsque son mentor devient ministre des Finances en novembre 1938. A cette occasion, il prend une part éminente à l’œuvre de restauration du crédit français et de retour réussi des capitaux en France. Il continue d’échanger avec de Gaulle. Ils collaborent ensemble à l’organisation des brigades cuirassées.
A la suite d’une intrigue de cabinet, Palewski, mis à l’écart par Reynaud, abandonne volontairement ses fonctions, prend l’uniforme et part pour le front. Versé dans la 34ème escadre de bombardement de nuit, il opère dans la Ruhr. Il est cité à l’ordre de l’armée de l’air, durant la nuit de Sedan, le 12 mai. Il ne rompt cependant pas avec la politique et dispense ses conseils le jour. Depuis le front, il suggère en vain à Daladier de nommer de Gaulle à la tête d’un grand ministère de la défense nationale, puis convainc Reynaud, devenu entre-temps président du Conseil, d’octroyer au colonel ses deux étoiles à titre temporaire et de le faire entrer dans l’équipe gouvernementale. C’est chose faite le 5 juin 1940. Dans ses Mémoires, Palewski considère que « ce fut sans doute l’une des données qui lui ont permis de commencer cette extraordinaire épopée qui a abouti à la libération d’une France indépendante et victorieuse. »
L’aviateur, qui se retrouve au début du mois de juin avec son escadrille en Tunisie, tente vainement de persuader Marcel Peyrouton et le général Noguès, résidents généraux en Tunisie et au Maroc, de défendre l’Afrique du Nord et de poursuivre la lutte. Il y demeure quelque temps avant de s’envoler pour Londres à l’appel du général de Gaulle à la fin du mois d’août 1940.
Le chef de la France Libre met rapidement en place une administration dans laquelle Palewski, fort de ses amitiés anglaises, de son expérience et de son habilité à faire pièce aux intrigues de Spears, est appelé à jouer un rôle primordial. Nommé, en décembre 1940, directeur des affaires politiques, chargé de l’action dans les territoires non occupés [non libérés], il est le premier à être nommé à ce poste. Il est en contact permanent avec Passy. Il supervise également l’hebdomadaire du mouvement, La Marseillaise. Il est aussi l’une des « voix » de la BBC Il abandonne ce poste-clé en mars 1941, à la suite de sa nomination de commandant des Forces françaises libres de l’Est africain. Il combat pendant près d’un an contre les Italiens en Ethiopie et représente la France libre auprès du Négus restauré. Il permet à la France, malgré l’inertie de Djibouti, de garder le contrôle du chemin de fer d’Addis-Abeba. Il regagne Londres en septembre 1942 où il est promu directeur du cabinet civil du général de Gaulle. Il ne cessera dès lors d’incarner, avec Billotte et Soustelle, un gaullisme intraitable, politique, méfiant envers les partis – les « féodaux » de la résistance -, et intransigeant avec les Anglais et les Américains.
Directeur de cabinet du président du Comité français de libération nationale à Londres, Alger et Paris, il prépare activement le retour du général de Gaulle en France, avec l’obsession de l’inscrire dans une ligne exclusivement nationale, de l’asseoir sur une administration provisoire strictement française.
Il conserve ses fonctions auprès du nouveau président du Gouvernement provisoire de la République française jusqu’à son retrait du pouvoir en janvier 1946. Il suggère, à la Libération, la création du Commissariat au Plan et la nomination de Jean Monnet à sa tête.
Il refuse tout poste et tout mandat électif pour rester aux côtés du général de Gaulle et participe activement à la création du Rassemblement du peuple français (RPF). Dès juillet 1947, il siège au sein de son comité exécutif, élargi et transformé en juin 1949 en conseil de direction. Il continue d’assumer, simultanément, les fonctions de directeur de cabinet du nouveau chef du RPF. En outre, il crée et pilote le comité national d’études, un organe parallèle de réflexion stratégique chargé de préparer le programme des réformes à réaliser dans la perspective du retour du général de Gaulle au pouvoir. Il réunit alors des personnalités telles qu’Aron, Malraux, Vallon, Debré, Soustelle ou Pompidou. Il assure également la liaison du RPF avec différents partis politiques étrangers. Orateur goûté du rassemblement, son éloquence et son aisance recueillent un franc succès dans les meetings gaullistes du Vel’ d’Hiv’ ou de la pelouse de Vincennes.
Il est candidat, pour la première fois, aux élections législatives de juin 1951 dans le sixième secteur de la Seine. Tête de la liste gaulliste, cet homme du monde, secondé par le maire de Vincennes, Antoine Quinson, mène une campagne difficile dans le bastion ouvrier de Jacques Duclos et de Charles Tillon. Ses réunions publiques, souvent houleuses, sont ponctuées par les nombreux horions des militants communistes.
Avec 88 497 des 298 719 suffrages exprimés, soit 29,6% des voix, sa liste, dont le bon score entame l’hégémonie communiste, obtient deux élus. Gaston Palewski abandonne alors ses fonctions de directeur de cabinet du général de Gaulle et recommande à ce dernier le nom de Georges Pompidou pour lui succéder à ce poste. « Il ne m’en a jamais voulu du service que je lui ai ainsi rendu » écrira-t-il, non sans humour, dans ses Mémoires.
L’élection de Palewski est validée le 6 juillet 1951. Le nouveau député de la Seine rejoint la commission des affaires étrangères. A partir de 1954, il investit celle du travail et de la sécurité sociale, avant d’opter, l’année d’après, pour la commission du suffrage universel, des lois constitutionnelles, du règlement et des pétitions. Il a appartenu, en outre, au comité directeur du FIDES (1951) et aux commissions de coordination chargées des questions relatives à la CECA (1953), puis à la commission de coordination pour l’examen des problèmes intéressant les États associés d’Indochine (1954). Il est désigné, dans ces trois dernières fonctions, par les commissions des finances, de la justice et de la législation et des affaires étrangères. Il est enfin élu vice-président du groupe gaulliste à l’Assemblée, dès 1951.
Son activité parlementaire est courte mais intense. En témoigne notamment le nombre de propositions de loi (3) ou de résolution (7) déposées, comme la fréquence de ses interventions en séance (27 comme député de base ; 23 comme vice-président de l’Assemblée nationale). Il s’intéresse volontiers aux questions économiques et sociales, à la fonction publique et aux allocations familiales.
Mais c’est aux questions diplomatiques et à la construction européenne qu’il consacre la plupart de son temps. Il participe à la discussion sur l’investiture de René Pleven, le 8 août 1951 et, à cette occasion, réclame un débat de politique étrangère sur les questions posées par la CECA, la situation stratégique de la France et l’éventualité d’une armée européenne à laquelle il s’oppose inlassablement, comme le RPF dans son ensemble, et dont l’institution justifierait, selon lui, un référendum. Le 29 décembre 1951, il signe une proposition de résolution sur l’organisation d’une confédération européenne, mais combat la voie conciliatrice dans laquelle les relations franco-allemandes se sont engagées. Il se veut vigilant, à cet égard, sur la Sarre, au cœur des discussions entre le gouvernement français et la chancellerie de Bonn et s’oppose à tout réarmement allemand sans l’accord et le contrôle de la France (séance du 17 novembre 1953). Par un ordre du jour blâmant (séance du 20 juin 1952), il critique fermement la politique tunisienne de Robert Schuman, chef de la diplomatie française et le ministre des Affaires étrangères lui-même qu’il ne considère pas qualifié pour ce type de négociations. Il intervient fréquemment sur l’Union française – notamment sur l’Indochine – dont il dénonce l’organisation et l’absence de perspectives. Il plaide pour l’ouverture de négociations avec l’URSS. Il prend la parole lors de la discussion relative à la Communauté européenne de défense (CED), lors de la séance du 28 août 1954, pour expliquer l’opposition des gaullistes. Il intervient également lors du débat relatif à la ratification des accords de Londres, le 12 octobre 1954. Redoutant un retour indirect du projet de CED par le canal des accords multilatéraux dont il ne faut pas « écouter les sirènes », il émet des réserves sur l’entrée de l’Allemagne dans l’OTAN et prône la construction d’une « véritable Europe », celle « de la géographie, de l’équilibre ». Il tient un discours similaire lors de la discussion des accords de Paris et expose son « dilemme angoissant entre [leur] rejet ou [leur] acceptation pure et simple », entraînant une « crise soit atlantique, soit internationale ». Après avoir qualifié d’ « inadmissible » le pacte franco-soviétique, il appelle finalement à un vote hostile, celui « de la raison et du courage » (séance du 22 décembre 1954).
Durant cet unique mandat parlementaire, Palewski s’abstient lors de l’investiture des cabinets Edgar Faure (janvier 1952), Antoine Pinay (6 mars 1952), René Mayer (janvier 1953) et Joseph Laniel (juin 1953), mais vote en faveur de Pierre Mendès France (17 juin 1954), y compris lors de sa première tentative infructueuse (4 juin 1953) et continue de le soutenir lors de sa chute (4 février 1955). S’il vote en faveur de la seconde investiture d’Edgar Faure le 23 février 1955, il lui refuse sa confiance le 29 novembre. Il vote la loi Marie-Barangé, les accords de Genève et de Londres, la proclamation de l’état d’urgence en Algérie, mais s’oppose donc à la CECA, à la CED et aux accords de Paris précités.
Son activité parlementaire aurait été plus soutenue encore si Palewski n’avait été élu vice-président de l’Assemblée nationale le 6 novembre 1952 et réélu en 1953, 1954 et 1955. Cette fonction renforce cependant la dimension parlementaire de sa carrière menée jusque-là. A ce titre, il a présidé un très grand nombre de séances (83) et conduit, en 1952, la délégation parlementaire française en Turquie où il a prononcé un discours devant le parlement d’Ankara sur la nécessité de soutenir son admission à l’OTAN.
Le 23 février 1955, Palewski accepte d’entrer dans le gouvernement dirigé par Edgar Faure en qualité de ministre délégué à la présidence du Conseil. Il prend part à la discussion des budgets militaires pour 1955 et 1956 et contribue à la création d’un secrétariat général permanent de la Défense nationale dont il précise longuement la mission de coordination et les attributions, lors de la séance du 22 juillet 1955. Se considérant lui-même comme le « second dans la hiérarchie gouvernementale », Palewski exerce la réalité du pouvoir en matière de Défense nationale, le détenteur en titre de ce portefeuille, le général Kœnig, relégué au rang de « demi-ministre », voyant échapper à sa décision certains des domaines les plus intéressants. Palewski a en effet la responsabilité de la coordination de la Défense nationale, de la recherche scientifique, des affaires sahariennes et atomiques. Ainsi lui est-il loisible de lancer le second plan atomique dont il revendique à bon droit la paternité.
Son expérience ministérielle s’achève avec la crise marocaine. Critiquant le manque de fermeté du président du Conseil face aux nationalistes et la politique du maréchal Juin, incapable d’enrayer les massacres, il démissionne de ses fonctions le 6 octobre 1955, en signe de protestation et de solidarité gaulliste. Raymond Triboulet et le général Kœnig en font de même. Gaston Palewski réclame alors la constitution d’un « gouvernement de salut public » et retourne dans l’opposition.
De nouveau candidat aux élections législatives du 2 janvier 1956, Gaston Palewski ne retrouve pas son siège de député. Il conduit la liste des républicains sociaux mais ne recueille, sur son nom, que 20 913 des 371 902 suffrages exprimés, soit 5,6% des voix.
Cet échec net, s’il met un terme définitif à sa brève expérience parlementaire – il ne se représentera jamais à aucune élection -, ne clôt cependant pas sa carrière politique. Nommé, en 1957, ambassadeur en Italie par le ministre des affaires étrangères Christian Pineau, il demeure au Palais Farnèse jusqu’en 1962, et y reçoit la haute société romaine. Il met également à profit cette ambassade pour animer la restauration de Florence, puis présider le Comité français pour la sauvegarde de Venise. L’ancien élève de l’école du Louvre, grand ami des arts et collectionneur averti, a été élu en 1968 à l’Académie des Beaux-arts. Il est, par ailleurs, vice-président du Conseil artistique des musées nationaux, directeur, puis président d’honneur de la Revue des Deux Mondes.
En avril 1962, rappelé de Rome, il est nommé ministre d’État chargé de la Recherche scientifique et des questions atomiques et spatiales, par le nouveau chef du gouvernement, Georges Pompidou. Il conserve ce portefeuille dans le second cabinet Pompidou, jusqu’en février 1965. Il est alors l’un des principaux artisans du développement du plan atomique français et de la mise en œuvre de la force de frappe nucléaire. Il négocie à ce titre en 1964 à Madrid la construction d’une centrale nucléaire. Il développe la coopération internationale, renforce les liens entre industries et recherche. Il est aussi à l’origine de la base de Kourou, en Guyane. À la faveur d’une entrevue avec Khrouchtchev, il est l’initiateur de l’achat du procédé français de télévision en couleur SECAM par l’U.R.S.S. et le promoteur d’une coopération spatiale entre les deux pays. Resté très proche du général de Gaulle, il le convainc, après l’attentat du Petit Clamart, de proposer au pays, par référendum, l’élection du président de la République au suffrage universel.
Après trois années passées à ce poste ministériel, auprès de Georges Pompidou, il abandonne ses fonctions, pour succéder à Léon Noël à la présidence du Conseil constitutionnel. Gardien du secret du roi pendant neuf ans, il veille avec intransigeance à la régularité des lois. Il doit enregistrer les résultats du référendum de 1969 qui provoque la démission du général de Gaulle et valider l’élection de son successeur. En d’autres termes, il contribue à tourner la page du gaullisme. Il est enfin à l’initiative de la décision du 16 juillet 1971 qui renforce l’autorité de la haute juridiction dans la balance des pouvoirs en matière de défense des libertés.
Il est, en 1971, président-fondateur de l’Institut Charles de Gaulle où il se fait le gardien vigilant du souvenir. Grand-croix de la Légion d’honneur, Compagnon de la Libération, il a également reçu la Croix de guerre 1939-1945, la Médaille coloniale (Ethiopie), les grands-croix de la couronne de Belgique et de l’ordre du Mérite de la République italienne, ainsi que diverses autres distinctions étrangères.
Figure majeure du « gaullisme historique », « premier des gaullistes par l’ancienneté » (Michel Debré), Gaston Palewski en accompagne et incarne toutes les étapes, les échecs comme les succès. Homme du monde, grand ami des arts, des artistes et des princes, conservateur éclairé, personnalité attachante, il représente remarquablement cette tradition de l’aristocratie libérale à laquelle le gaullisme fut si redevable.

Source : Assemblée Nationale (http://www.assemblee-nationale.fr/sycomore/fiche.asp?num_dept=5658#biographie)

Accusé Monet, levez vous !

janvier 22, 2011 § Poster un commentaire


http://www.lemonde.fr/culture/article/2011/01/22/accuse-monet-levez-vous_1469139_3246.html

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